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Printemps 2005

Nous voilà de retour de notre voyage.  Premièrement nous avons dû retarder notre départ prévu vers le 3-4 janvier en raison des problèmes de santé de mon "vieux".  Le 29 janvier on levait les pattes.. les nôtres et celles de la roulotte (hihihi).  Ce fut un beau voyage de 10 semaines.  Le paysage est magnifique, les gens sont fort sympathiques.  C'est juste que moi j'ai eu quelques difficultés d'adaptation pour le camping et la nourriture.  Pour en savoir plus sur notre voyage au Mexique, c'est sur DieVoyages.

De retour au bercail le 9 avril 2005... une mauvaise nouvelle nous attendait.  Avant de quitter, mon homme avait dû subir une biopsie qui s'est avérée positive d'un cancer.  Ce n'est pas un cancer agressif mais ça reste toujours un diagnostic qu'on aime mieux ne pas entendre.  Il subira une prostatectomie le 11 mai prochain, ce qui nous indiquera le niveau de malignité du cancer.

Inutile de vous dire que je serai fort occupée encore cet été.  En passant, j'ai donné vraiment ma démission du Festival des Couleurs à la fin de mon mandat.  Je me préparais à faire un autre genre de bénévolat mais j'étais loin de me douter que ça serait dans ma propre maison.  Je reviendrai sûrement vous en parler..

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Été 2005

Oui ce fut difficile (j'écris ces lignes en octobre seulement) sur le plan physique pour mon homme et émotivement pour nous deux à des niveaux différents.

D'abord l'opération... c'est tout de même majeur comme opération et le post-opératoire fut compliqué par le rejet de la sonde et l'hospitalisation qui devait durer 5 jours dura 12 jours.  Une des séquelles reliées à la prostatectomie est l'incontinence urinaire, qui en principe selon les données sur le sujet, devrait se résorber après 6 mois.  Mon mari traîne encore ce problème qui, avec la grande chaleur de cet été, fut et est encore un enfer à supporter.

Mais le plus usant est l'angoisse qui accompagne un tel diagnostic.  On a beau dire que plusieurs hommes continuent d'avoir une longue vie productive après le diagnostic et le traitement, que leur détresse diminue une fois que le traitement est commencé et qu'ils comprennent mieux la maladie... reste que de l'entendre et de le vivre ce sont deux choses.  On passe par toutes sortes d'émotions autant pour le malade que pour la conjointe. 

Il y a d'abord le choc qui est un peu épuré par l'urgence du traitement, la négation et la colère qui suivent de très près et une fois tout le scénario terminé, il ne reste que la vacuité d'un quotidien dont on pressent une échéance à plus court terme qu'avant.  L'espoir et le désespoir sont maintenant siamois tout autant que le courage et la peur.  On sait maintenant, tous les deux, que nous ne sommes pas immortels (on le savait mais l'avoir dans la face ainsi, c'est traumatisant pas mal) et que nos années - pour André du moins - sont comptées au mieux sur nos deux mains et au pire que sur une seule main.  Le cancer est un professeur brutal.  La maladie et la mort ne sont plus très loin en dépit de la bonne forme physique, des régimes sans cholestérol et à basses calories de mon vieux.  Moi, je vois et vis ça autrement car j'aime mieux mourir d'un ACV ou d'une crise cardiaque que de traîner un cancer.

C'est un revirement que de vivre avec un tel diagnostic mais la vie doit suivre son cours.  Mon homme étant en convalescence pour 8 semaines, j'ai pris la relève pour tous les travaux extérieurs et intérieurs.  Il n'avait même pas la force physique, mais surtout morale, de préparer les repas ou de faire la vaisselle.  Alors, vous comprenez le pourquoi de mon silence dans cette chronique.  Comme l'incontinence est toujours présente, les sorties furent très limitées.  On a vécu dans notre bulle pas mal mais nous sommes à la percer tranquillement pas vite.

Il devra subir son premier contrôle sanguin la semaine prochaine et si tout est pour le mieux, on prévoit repartir pour le Mexique.  C'est devenu une urgence que ces voyages... avant qu'il ne soit trop tard...

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Automne 2005

Notre vie est comme l'automne... à l'instar du vent qui fouette les feuilles pour s'amuser avec elles avant de les laisser choir sur le sol, les aléas de la vie nous fustigent également et nous empêchent de prendre notre envol.  L'homme doit subir une autre opération pour réparer une hernie inguinale (je sais, ce n'est rien une hernie... mais quand tu as des antécédents de cancer à la même place de ton anatomie, facile de se faire des idées) et comme il doit suivre une rééducation pour contrer son incontinence aussi bien tout faire ça cet hiver.  Par contre, la bonne nouvelle c'est que toute trace de cancer semble disparue si on en juge par ce premier résultat sanguin.

Il y a de ces épisodes dans la vie où le sens de ce qui arrive nous est inconnu et qui attendent en nous le jour d'être compris... si ça arrive un jour !!!  D'autre dirons "il n'y a pas de hasard dans la vie " ou "Dieu c'est ce qu'il fait, il n'éprouve que ceux qu'ils aiment " mais toutes ces phrases clichées ne sont pas de grand secours. 

On dirait un cauchemar...  me semble que l'année 2005 a eu son lot de cauchemars...  mais en fait c'est la durée qui authentifie le réel...  car si le cauchemar ne finit pas, il devient notre réalité et il faut bien faire avec.  Et notre réalité est que la santé de l'homme n'était pas au rendez-vous cette année. Mais comme dirait l'autre... " il y a pire ".  Bien oui, c'est vrai... il y a toujours pire que nous... mince consolation n'est-ce pas ?  Mais en même temps que j'écris ces lignes, je suis consciente qu'il ne faut pas jouer les victimes car ça n'aiderait en rien la situation.  Alors comme j'ai dit tantôt... aussi bien faire avec.  Ce n'est pas évident à vivre quotidiennement, d’avoir les espoirs et émotions qui font le yoyo à même le moteur du cœur. Et de plus, cacher à l’autre ses états d’âme d'autant plus que mon positivisme est souvent mal interprété par mon homme qui se sent si misérable et incompris.

Dans un forum que je fréquente, oh on n'est pas nombreuse, qu'une dizaine de doñas, on a l'habitude de dire qu'on récolte un petit bonheur à la fois de façon à se faire un plus gros bouquet au lieu de chercher un gros bonheur éclatant.  Alors j'ai mis cette maxime, maintes fois répétée, en pratique... chaque jour, je m'efforce de trouver un petit bonheur, une petite fleur...  c'est très simple...  un petit souper préparer avec amour, une soirée tranquille assise au coin du feu, une petite promenade dans le rang, un souper entre amis, etc... je recueille mes petites fleurs du bonheur et je les mets dans mon vase.  J'ai jeté les fleurs fanées de mes angoisses et de mes tristesses et j'ai changé l'eau brouillée de mon vase. En cette année de difficultés, les fleurs sont éparses certes mais tout de même vigoureuses. Je me suis promise d'en ajouter tous les jours, quelque soit la température de la planète ou de ma propre température intérieure. Ainsi, j'aurai éventuellement un beau bouquet tout fourni à regarder et surtout à apprécier.

C'est ainsi que je prépare mon hiver... Vous reviendrez me lire même si je n'ai pas de voyage à raconter ?

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Hiver 2005-2006...

Nous sommes qu'à la mi-janvier et en ce samedi matin où la grisaille nous garde dans un brouillard constant depuis quelques jours - je vois à peine mon petit étang en face de la maison - je me sens prise dans une toile d'araignée.  Quel étrange voyage que celui fait au coeur de la brume où mon âme se perd et où tout est solitude...  même à deux.

Les Fêtes ont été merveilleuses.  Mes enfants et petits enfants sont venus passer cinq jours à la maison pour Noël.  À sept dans une maison conçue pour deux c'est du sport surtout avec deux petits-fils grouillant de vie comme le sont des enfants de deux et cinq ans.  Comme le dit le dicton populaire... on est content quand la visite arrive mais tout aussi content quand elle part.  Non, vraiment, ce fut intense et dynamisant.  Et le Jour de l'An a vu les deux soeurs de mon mari arriver à l'improviste et un petit souper au resto a agréablement terminé cette journée sous le son de la guitare et de mélodies agréablement interprétées par le proprio et sa fille.

Mais, curieusement, on dirait que cette explosion de gens, de joies et de jovialités dans un si court lapse de temps, pour ensuite se retrouver tous les deux seuls... ben, on finit par se subir comme un ennui et je me traîne comme un boulet.  Allez donc savoir pourquoi.  Faut dire aussi que la température n'aide pas.  Mais...  " il y a pire " n'est-ce pas ?

Mon homme est toujours en rééducation périnéale.  Il a même commencé ses traitements à l'Hôpital de Joliette, traitements qui sont différents de ceux qu'il avait entrepris en privé à Montréal.  À cette dernière clinique c'était des exercices enseignés qu'il doit poursuivre à la maison tandis qu'en milieu hospitalier c'est par stimuli électrique.  En espérant que les deux formes lui procureront les bienfaits souhaités.  De plus, il s'est inscrit à un cours d'espagnol et à un de bridge.  Je pense que ça lui fera le plus grand bien et je pourrai également penser un peu plus à moi et ma solitude à moi toute seule me sera peut-être plus bénéfique qu'à deux car il n'y a pas deux solitudes identiques parce qu'on n'est jamais seul de la même façon !  Et moi quand je suis seule dans ma solitude, je me converse et je me retrouve dans mes mots.  Mon monologue intime a normalement l'avantage de mieux me retrouver, moi qui cette dernière année, a été en quelque sorte l'ombre de mon homme et de sa mal-à-die.  Ce repos dans le silence me permettra de faire le point et dans l'fond ce n'est pas par hasard qu'elle arrive après les Fêtes...  la solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps... c'est-à-dire un mal nécessaire après une bombance psychique et physique.

Je retourne dans ma bulle bulle... allez-vous avoir le courage de revenir ?

 

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