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Printemps 2003

Ça fait exactement 2 semaines que nous goûtons aux joies de la retraite tant attendue. Les semaines "préliminaires" ont été bien éprouvantes. Laissez un travail que l’on aime, une consoeur et un boss qu’on apprécie, vider son logement où l’on a vu naître et grandir nos enfants et qui a été témoin de notre évolution "matrimoniale" et personnelle, avec tout ce que ça comporte d’efforts et d’adaptation, quitter les voisins/es… tout ça ce sont des petits deuils que l’on doit faire et que l’on doit absorber lentement et le support d’une amie chère a été d’un grand secours (merci chÔmmy).

Même si le "chalet" n’était pas de l’inconnu comme environnement, vivre à la campagne, dans l’bois par surcroît, c’est tout de même de l’inconnu. Et moi j’ai bien de la misère avec l’inconnu. J’suis bien dans ma routine sécurisante et quand on prend de l’âge je pense que c’est encore plus vrai.

La première semaine ici fut intense car elle coïncidait avec la Fête de Pâques. Ce qui m’étonne c’est qu’on est choisi inconsciemment ce temps pour se retraiter (le 17 avril pour moi et le 18 pour mon mari). Pâques est pour moi un signe de renaissance (rien à voir avec la religion). Comme c’est la fête qui amorce le printemps, ce renouveau de la terre nous donne normalement des ailes et l’envie aussi de nous renouveler nous-mêmes. C’est la période où d’habitude je prends mes "résolutions" de mieux-être : maigrir, faire plus d’exercice, mieux manger, mieux aimer en y prenant le temps et des fois des cours ou à tout l’moins s’informer par la lecture… question d’enlever sa couche d’hiver qui fini toujours par nous étouffer. On a envie d’ouvrir les bras et de s’écrier ENFIN !!!!

Mais cette année ce ENFIN a pris des allures de grandes fêtes. Les enfants étaient là pour partager cette re-naissance, cette re-traite, dans le sens de traiter à nouveau nos vies… et comme il n’y a pas de hasard dans la vie (clin d’œil à France), Éric et Anita vont aussi avoir du nouveau dans leur vie. Un autre enfant à naître. De plus, mon frère a en quelque sorte renoué les liens familiaux (détériorés ces dernières années) en nous invitant à souper pour fêter l’événement et nous "présenter sa nouvelle vie" à lui aussi.

Alors comme dirait les astrologues… les astres sont en bonne position et la conjoncture est bonne !!!!

Donc, cette première semaine, hormis les festivités, nous n’avions pas changé notre rythme de "travailleurs stressés". Sans repère, sans routine, encore dans les boîtes et le barda… ça ne fut pas tellement différent du point de vue des relations humaines. Mais une fois les réjouissances passées et l’installation de la maison faite de façon raisonnable même si pas entièrement complétée, on peut dire que la deuxième semaine fut plus à l’image que je me faisais d’une retraite. Et je n’haïs pas ça… pas du tout.

Se lever plus tard, 2 heures plus tard en fait, prendre son temps, faire ce que l’on aime en se disant que si c’est pas fait, ben demain on pourra le faire… quel bonheur. Plus de course contre la montre. Plus de taxi à faire. Ne plus se partager les commissions à faire pour pouvoir arriver dans son temps mais plutôt de faire ces mêmes commissions ensemble pour le seul bien-être d’être justement ensemble…

Par conséquent, étant moins sur les nerfs, tout s’imbrique tellement plus facilement et les relations en sortent gagnantes. On a des projets plein la tête mais pour l’instant on se laisse bercer par le temps et notre quotidien. On verra plus tard, pour l’heure nous sommes en "vacances". Vacances du corps et de l’esprit. On se laisse vivre quoi !!!

Quoi ajouter d’autres… que nous aidons la terre à renaître elle aussi. On lui fait une "beauté" en lui enlevant à elle aussi sa couche hivernale. On nettoie maison, auto, roulotte, terrain pour que cette "propreté" nous contamine et nous donne la sensation de ce mieux-être. Et quand on s’assoie sur la galerie pour relaxer, on observe l’étang en face de la maison où une loutre, castors, canards et même un grand héron gris se partagent cette petite surface d’eau (photo de l'index) et où une marmotte nichée sur sa clôture les regarde d’un air envieux. En prime nous avons le chant des oiseaux, le vrombissement du ruisseau dans son dégel, les lamentations du vent qui a libre cours dans les branches des arbres sans feuille… quel CD peut rivaliser avec ça ?

Est-ce qu’un jour on se tannera de ce spectacle ? J’ose espérer JAMAIS.

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Été 2003

Ma première grande difficulté d’adaptation c’est le rythme !!! Bien oui, j’ai beau me "damienniser" dans mon cœur et dans ma tête, prendre le rythme de la campagne, pour une fille de la ville, c’est, pour l’instant, au dessus de mes forces (hihihi).

Mon plus bel exemple, et très insignifiant, c’est la pose de mes pneus d’été. Je prends rendez-vous avec le garagiste du rang pour 9h00. Il arrive à 9h50 et me dit qu’il ne peut me passer tout de suite car il n’a pas terminé la job de freins d’hier. Mon auto a été prête à 14h00 !!! En soit, ce n’était pas catastrophique… j’suis revenue chez moi à pied, faisant une petite marche de santé mais j’ai bien bien de la misère à m’adapter à ça car c’est ainsi pour tout tout tout !!! On a attendu un électricien pendant 10 jours… une chance que nous n’avions pas de problème. Ce n’était que pour une vérification suite à la demande de notre compagnie d’assurance. D’ailleurs on va devoir changer l’entrée de notre installation électrique à moyen terme. Oups… première dépense imprévue… on n’avait pas tout prévu faut croire (hihihi).

La nature est magnifique… tout est vert, mes lilas commencent à fleurir et notre rocaille commence à avoir des petites couleurs. Nous avons fait notre jardin : carottes, oignons, radis, laitue, épinards, concombres et tomates. Nous nous sommes même permis de replanter des fraises que nous avions perdues l’an dernier en espérant que cette fois nos plants ne gèleront pas. Et puis le reste du potager est en pommes de terre. Quant à mes asperges, plantées il y a 4 ans, elles produisent trop pour nos besoins (hihihi). Qu’à cela ne tienne… je vais prendre les plus gros turions et en faire un bon potage. Je n’ai pas le pouce vert mais j’essaie d’apprendre avec mon mari qui lui est beaucoup plus "cultivé" que moi (hihihi).

L'été commence avec les travaux du muret de la façade à rebâtir. Même qu'on a dû le refaire une deuxième fois en partie à cause d'un orage qui nous a amené plus d'eau que la terre pouvait en absorber. Entre les 12 camions de gravier à pelleter et étendre et les parpaings de ciment à murailler nous avons tout de même profité de notre roulotte en allant camper à quelques reprises.

En mai au Parc du Mont Orford au lac Stukely où l'on a expérimenté pour la première fois le comment du pourquoi du stationnement d'une roulotte (hihihi). Mais c'est un très beau parc faunique et floristique où l'érable à sucre domine les forêts matures de ce dernier. Assister à l'éveil printanier des sous-bois est une richesse qui ne s'achète pas. S'endormir au son de la brise dans les feuilles et se laisser accompagner au pays de nos rêves jusqu'à notre éveil... quel délice surtout si on a de la belle compagnie durant le jour pour agrémenter nos repas et sorties. Merci chÔmmy de nous avoir invités.

Fin juin, pour la semaine de la St-Jean, on va camper au Lac d'Argent à Eastman avec ma belle-soeur et son copain et comme on a de la suite dans les idées, le week-end de La Confédération on se retrouve au Camping de la Montage d'Argent à La Conception avec ma chÔmmy Diane. Un autre petit répit fort agréable sur le bord de la Rivière Rouge.

Fin juillet, c'est avec nos enfants qu'on va camper au Fitzroy Provincial Park en Ontario (près de Kingston). Ce n'est pas le camping que l'on voulait mais faute de s'être pris d'avance, on s'est rabattu sur ce dernier. Il a plu toute la semaine ou presque... les terrains ne réussissant pas à sécher entre les ondées. Mais nous étions en famille et c'était merveilleux. Un petit incident accompagne cette sortie... une lumière dans le camion s'est allumée et nous rend le retour pénible car on ne sait jamais quand le camion rendra l'âme mais ce n'était qu'un petit défaut sans conséquence. De plus, un autre incident vient déranger ce retour... ma bicyclette s'est détachée de la roulotte en revenant de voyage et s'est retrouvée sur un terrain privé. Mais dans une voiture qui nous suivait, la dame l'a réclamée prétextant qu'elle était de notre groupe et qu'elle nous la rapporterait !!! Ouais... d'une bicyclette perdue, c'est devenue une bicyclette volée !

Fin août, le goût de la bougeotte nous reprend on se paie une petite vacances de 4 jours au Parc de la Mauricie. Quoi de mieux que la mosaïque mauricienne de lacs d'eau douce et de forêts pour nous donner le goût de continuer ce fameux muret. Le seul hic c'est que nous nous sommes payé une randonnée pédestre de 15 kilomètres mais que j'ai dû terminer cette escapade sur mes chaussettes tellement j'avais mal aux pieds, malheureusement. Mais ça valait la peine !!! Très très beau parc qu'il sera intéressant de revoir d'autant plus que c'est à peine à 1h30 de notre maison.

Fin septembre, mon mari et moi avons fini par finir le muret et on décide de se payer une semaine de vacances justement au Parc Sandbanks en Ontario là où l'on voulait aller camper en juillet avec nos enfants. Quoi de mieux pour se ressourcer d'autant plus qu'il n'y a personne sur les terrains de camping à cette période là de l'année. Le Lac Ontario est une vraie mer intérieure et ce fut des vacances formidables. Nous avions apportés nos bicyclettes (la mienne étant neuve - hihihi) pour m'éviter des ampoules supplémentaires et ce fut de très belles randonnées de 20 à 25 kilomètres par jour.

Les journées ici passent à la vitesse de l’éclair. Je ne vois pas le temps passer et je ne m’ennuie pas du tout du bureau. J’apprends aussi à reconnaître les petits animaux et oiseaux de mon environnement. J’ai même un petit colibri : un colibri à gorge rubis (Ruby-Throated Hummingbird – Archilochus colubris). Saviez-vous que c’est le seul colibri à l’est des plaines ? Alors pas difficile de savoir lequel nous avons (hihihi).

Quoi vous raconter de plus... faudra attendre la prochaine chronique d'automne.

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Automne 2003

J'attendais les coloris d'automne dans le paysage damiennois mais ils furent de très très courte durée. L'ocre se fait rare et je compte les feuilles qui tombent en marchant entre les arbres et leurs ombres. Mon ruisseau a ralentit sa course un bref instant, enveloppé dans un écrin métallique tout neuf, pour regarder passer l'automne. Mais à peine quelques jours ont suffi pour que mon étang se gorge de cette pluie et vient noyer les nénuphars épuisés de l'été.

Heureusement, dans cette grisaille, la vie bouillonne, un être est né. Un petit Maxime a vu le jour un matin de novembre pour le plus grand bonheur de mon fils et évidemment de sa femme et la joie des grands-parents. Quant à ma fille, elle a eu un "accouchement dystocique " si je peux m'exprimer ainsi (hihihi) en menant anxieusement et douloureusement à terme son mémoire en sociologie. Quelle délivrance pour elle mais également pour les parents que nous sommes.

Pendant que la lumière du soleil et de la lune caresse les champs à tour de rôle, on en profite pour récupérer de notre fatigue de l'été et pour préparer nos Fêtes et nos voyages. En effet, on prévoit partir pour le Texas de la mi-janvier à la mi-mars et possiblement en Europe pour le printemps 2004.

À pas feutré, la neige s'est amenée en novembre mais comme on ne l'a pas écoutée, elle s'est fait plus pressante en décembre... juste à temps pour préparer ce Noël tout blanc. Et pendant que cette dernière trace ses pas d'un blanc immaculé, saupoudrant les arbres de teintes inimitables du blanc qui fuient à perte de vue dans le blanc... nous, nous noircissons du papier de nos découvertes texanes, françaises, italiennes et corses. L'internet est donc mis à forte contribution au grand désespoir des nôtres qui n'ont plus accès à notre ligne téléphonique.

À ces journées cloîtrées s'ajoutent quelques balades, des exercices de déblayage de ces flocons amoncelés et des essais culinaires préparatoires aux festivités. Et si l'adage Noël neigeux, été merveilleux s'avère vrai, on aura un bel été puisque 60 à 70 centimètres de neige sont déjà tombés les 17 et 18 décembre 2003.

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Hiver 2003-2004

Nous voilà à quelques jours du grand départ... nous sommes le 22 janvier 2004 et tout est près pour notre première aventure. C'est l'un de nos importants projets de nos 20 dernières années que nous allons mettre à exécution. Notre fébrilité est plus que palpable... une belle excitation s'est emparée de nous cette semaine.

Le voyage tant attendu...

Partis le 24 janvier, nous revenons au bercail le 12 mars 2004. Sept semaines de trottage c'est fatiguant mais aussi très stimulant. Nous revenons et l'hiver est sur le seuil de la porte, prêt à partir... juste le temps de lui dire un dernier au revoir. Comment en faire un résumé... commençons par une touche d'humour si vous voulez bien...

À mon avis, le plus difficile en voyage ce sont les cabinets d'aisance (aisance mon œil) et les douches (de l'italien doccia ce qui veut dire conduite d'eau) et c'est souvent ce à quoi nous avons seulement droit justement !!!

5h30 am - la pire envie de la journée… celle du matin… tu t'habilles et tu coures lentement vers les toilettes pour ne rien perdre en cours de route. La porte s'ouvre par l'intérieur (toutes les portes des toilettes s'ouvrent par l'intérieur - allez donc savoir pourquoi) et comme l'espace réservé est justement très "réservé" tu dois te contorsionner entre le cabinet et la cloison métallique pour refermer la porte, ce qui te donne à peine quelques pouces de jeu… un jeu d'adresse quoi !!!!

Bon, tu parviens à fermer la torbinouche de porte mais pas de tourniquet pour barrer la porte. Pas grave, t'es seule… pour l'instant !!! Tu parviens à faire maladroitement ce que tu as à faire - sans vraiment t'installer sur le banc dit "sanitaire " que tu juges pas trop "santé" justement - et là tu veux du papier hygiénique. Comme tout l'monde le sait, sauf les concepteurs de toilettes publiques, les rouleaux de papier de toilette étant par définition de forme cylindrique, il y a des petits malins qui installent ces rouleaux sur des supports rectangulaires. À croire qu'ils sont loin d'avoir inventé la roue ou qu'ils veulent tester notre habilité au jeu de patience… et ce à 5h30 du mat !!! Alors tu te sors un petit rectangle à la fois, tu les empiles l'un sur l'autre pour obtenir un tant soit peu une absorption adéquate et une protection pour tes doigts. C'est qu'il en faut des petits rectangles quand la feuille ressemble à du papier-calque.

6h10 Good c'est fait… faut sortir de ton cubicule… nouveau jeu de stratégie pour remonter tes culottes et sortir de là. Tu retournes à ton campement, avec une face mi-figue mi-raisin qui oscille entre un sourire de soulagement viscéral, de contentement d'avoir réussi le test du contorsionniste digne du Cirque du Soleil et de frustrations retenues… allez donc vous rendormir après une telle prestation !!!!

J'ai même vu des portes de toilettes avec un " découpage " dans la moitié du bas de la porte pour permettre à cette même porte de passer " par-dessus " le maudit bol de toilette. Comme espace exigu c'est exigeant en maudit !!!

Par contre au Mexique j'ai trouvé des cloisons d'à peine 3 pieds de haut, ce qui nous aurait permis de piquer une jasette avec la fille d'à côté, tout en trônant, sans toutefois voir son habilité à faire ça debout !!!

Les installations " douchières "… un autre bel exemple de l'ingéniosité des concepteurs sanitaires publiques. En principe ces douches publiques sont faites de 2 compartiments : 1 où tu prends ladite douche et l'autre pour te dévêtir. Pour te déshabiller, pas de problème… tu accroches tes vêtements sur les petits crochets quand il y en a ou tu les fourres dans ton sac si tu as pensé de l'apporter… sinon tu fais preuve d'ingéniosité pour ne pas les mouiller durant tes ablutions.

Compartiment no 1 - la douche elle-même : c'est un cube à trois faces ou 3 ½ dans certains cas ne laissant qu'une ouverture minimale pour y entrer ce qui en principe devrait limiter les éclaboussures hors dudit cube. Le hic c'est l'endroit où l'on installe le pommeau de douche… si ça semble évident détrompez-vous. Certains messieurs les concepteurs ont trouvé le moyen de l'installer face à l'entrée et non sur le côté. Et ce n'est pas tous ces cubes qui sont munis du génial rideau de douche. De plus, comme nos amerloques sont de grandes personnes, ces pommeaux sont à leur hauteur ce qui fait qu'une fois l'eau giclant elle ne se contente pas de rester dans le cube no 1 et vous lavez vos vêtements en même temps si vous n'avez pas trouvé moyen de les protéger.

Tu as mis ton savon et ton shampoing par terre car la petite tablette est manquante ou brisée mais tu as eu le malheur de choisir la douche où le renvoi est bloqué. Tu vas t'en souvenir pour la prochaine fois n'est-ce pas ?

Par contre si le drain n'est pas bloqué mais que tu n'es pas la première à aller te doucher, tu auras la surprise d'avoir un plancher terraqué qui t'incitera à user de toutes les prouesses dont tu es capable pour te rincer les pieds convenablement, t'habiller et te chausser.

Maintenant que tes cheveux sont propres et que tu sens bon le savon… on passe au cube no 2 pour te rhabiller. Et c'est là que le fun commence… d'abord t'essuyer… si ta serviette n'est pas trop humide tu auras de la chance de pouvoir t'assécher convenablement avant de tenter de remettre tes culottes ou tes bas. Mettre un slip n'est pas trop difficile mais essaie d'enfiler un pantalon sans laisser la jambe de ce dernier tremper dans la flotte ou la boue. Ah je sais, certains diront que tu as juste à sortir de là et le faire hors des " cubes ". As-tu déjà essayé de t'essuyer le dessous des seins ou la minette devant 4-5 femmes en ligne qui n'ont rien d'autre à faire que de regarder comment tu t'y prends et ce devant la porte d'entrée à 10 ° car la petite boîte à chauffage est à l'autre bout de la pièce ou qu'elle ne fonctionne pas tout simplement…

En conclusion… j'suis certaine que vous vous demandez pourquoi ne pas se servir de la roulotte ? Ben ça dépend du nombre de jour que l'on parque notre roulotte dans le parc et le genre d'installation qu'il nous est permis d'avoir.

Pour répondre à ce questionnement, disons que tous nous ne naissons pas égaux dans la vie… tout comme les terrains de camping ne voient pas le jour dans les mêmes conditions!!!

Règle générale, aux USA, on peut dire que les terrains étatisés (State Park) sont supérieurs aux terrains nationaux (National Park, qui sont généralement des refuges de préservation de l'espèce animale et par conséquent soumis aux installations minimum pour la race humaine). Il y a aussi les terrains de comté (County Park - notre équivalent de terrains municipaux) donc limités dans leurs moyens financiers d'installation et évidemment les terrains privés, synonyme d'exploitation.

Mais comme leur terminologie l'indique, il serait illusoire de trouver un State Park dans une ville. Par conséquent pour obtenir un terrain de camping digne de ce nom, il nous fallait faire des milles supplémentaires (plus long que des kilomètres) dans la campagne américaine mais je dois avouer que ça valait bien le désagrément du voyage.

Les commodités dans les State Park sont à la hauteur : poteau d'eau et d'électricité sur ton site, avec ou sans " sewer " (très beau mot anglophone pour désigner le trou à merde). Mais… car il y a toujours un petit mais qui vient changer ta façon de penser en quelque part… il y a moi et il y a mon mari pour prendre des décisions sur le sujet. Non je devrais plutôt dire qu'il y a mon mari et moi…

Il est bien connu que l'homme et la femme n'ont pas la même logique, ni les mêmes goûts, ni les mêmes aspirations ou intérêts et depuis que je vais à l'école je sais maintenant que le masculin l'emporte sur le féminin sauf en de rares exceptions et ça tout d'l'air que ce n'était pas une règle d'exception que ce sujet. Donc pas de "sewer" sur le terrain pour Madame… Il faut ajouter, à l'intention des non-initiés au camping, que si tu n'as pas ce trou à merde directement sur ton site qui te permet de te brancher de ta roulotte à la fosse, on a à la sortie du terrain de camping ce que nos amerloques appellent la "dump station" qui est la station de vidange en bon français mais ça reste tout de même un travail "merdier" à faire quelque soit la langue que l'on utilise. (non on n'utilise pas notre langue pour faire ce travail - juste au cas où vous auriez mal interprété ma phrase…). Ceci est le travail de Monsieur mais comme il veut limiter les dégâts, on doit également limiter nos "arrêts" au bol de toilette de la roulotte autant que possible (moi ma porte ouvre par l'extérieur car j'ai encore moins de place pour la faire ouvrir par l'intérieur - ça valait bien la peine de me plaindre des autres) surtout si c'est pour les gros travaux. D'où ma visite à 5h30 du mat aux cabinets d'aisance publiques !!!

En plus, comme je disais, il y a 2 manières de voyager : l'une consiste à se parquer pour un certain bout de temps pour laisser le stress quotidien prendre un autre bord et il y a ceux qui comme nous, pensons que les retraités doivent tout voir - tandis qu'ils sont là - avant que la stagnation physique ou financière s'installe… ce qui fait qu'on campait et décampait aux 2-3 jours en général d'où la raison qui motivait les décisions de mon mari sur le sujet de la non installation au "sewer" et de ce que je vais continuer à vous raconter… Pas trop fatigué de lire... vous avez le droit à une pose café vous savez ou à revenir plus tard (hihihi).

Prêt ? Voici le reste...

D'une part, comme ma roulotte est relativement petite (très relatif comme terme car ça dépend avec qui on se compare) et que l'espace rangement est limité et que d'autre part on ne voyage pas 2 mois sans apporter un minimum… et là encore le terme "minimum" n'a pas la même signification pour tous… ben mon mini-bain sert à ranger les trucs de villageois que la campagnarde-campeuse que j'essaie d'être ne peut se passer.

De plus, à la lumière de ce que je vous ai expliqué pour les règles de la "gram-mère", Monsieur ne voulait pas stocker de l'eau propre et encore moins brancher le réservoir à eau chaude et avec raison je pense étant donné notre façon de camper et décamper.

Voilà pour l'explication de ma conclusion de tantôt. Maintenant un mot sur les terrains privés.

Le mot privé peut signifier personnel (comme dans la vie privée), pas ouvert à tout public (club privé), ou qui ne dépend pas de l'état. Vous aurez bien compris "personnel" ici n'a pas sa raison d'être et que la deuxième définition serait inapproprié. Donc, c'est la dernière définition qui est la bonne et l'état "argentique" est la base de ce que nous offrent ces proprios profiteurs. Le minimum au prix maximum !!!

Quand tu dois ouvrir ton extension dite escamotable (slide-out) qui se situe à gauche de ta roulotte à un pied en retrait avant ou arrière de ton voisin qui lui a une extension ouvrant à droite et qu'en prime tu peux t'appuyer une main sur la roulotte de ton autre voisin pour descendre de tes marches en toute sécurité (sic) et qu'avec ça les proprios t'offrent une toilette chimique sans papier hygiénique avec l'odeur en prime… tu t'ennuies du State Park où tu pouvais à loisir entasser tes petits carrés de papier de toilette !!! Heureusement tous ne sont pas aussi véreux… mais il n'en reste pas moins qu'il faut bien "magasiner" son terrain de camping AVANT de s'installer car j'ai même eu droit à un terrain à $18 (la moyenne étant de $15) sans douche et sans toilette aucune sur le site !!!!

Voilà pour le côté négativement technique de tout voyageur… mais ces petits désagréments ou ajustements sont loin d'entacher le beau côté du voyage et des plaisirs que procurent des paysages inhabituels. Alors voici en plus sérieux...

Il y a une maxime qui dit que chaque voyage est unique et c'est vrai. Unique par ses paysages et ses activités touristiques mais aussi unique par notre état d'âme.

Faire un voyage pour aller se reposer est une chose et voyager pour le plaisir dans le seul but de "voyager" c'est autre chose. Dans le mot voyage il y a une partie du mot qui sonne comme "voit" et c'est exactement ce à quoi je m'attarde en voyageant... à voir. Il est inutile de chercher les ressemblances entre un environnement d'un pays et le sien, de confronter telle architecture avec les nôtres ou pire encore de confondre les valeurs personnelles d'un peuple avec nos valeurs québécoises.

Il y a d'abord la route… celle qui nous permet de voir le monde changer au rythme des kilomètres que l'on parcoure. Bien sûr, nous avons les mêmes rubans d'asphalte, les mêmes trottoirs gris ou les mêmes briques rouges qui caractérisent les villes. Mais au-delà de ça, il y a une faune et une flore qui vaut la peine qu'on les regarde et si l'on s'attarde moindrement on pourra même découvrir dans les villes stéréotypées quelques brides de différences.

J'ai vu des paysages bucoliques où les ranchs texans s'étendaient à perte de vue offrant à leurs bêtes un pâturage aride mais où les animaux ne semblaient nullement privés de quoi que ce soit. Question d'habitude j'imagine. Différent ne veut pas nécessairement dire pire. À d'autres endroits, j'ai vu une belle rivière contourner amoureusement des vallons et des collines tandis que se parsemaient quelques arbres courts pour ne pas dire rabougris dont l'écorce s'effilochait par les intempéries et la sécheresse et où le cactus à palette poussait comme du chiendent. C'est bien certain que j'ai pu voir des variétés de palmiers mais tout de même rarissime au Texas.

La vue d'un alligator se réveillant d'une hibernation dans son marécage et qui profite d'un soleil peureux pour tenter de réchauffeur son système sanguin avant la période des amours, ou la vue de l'apathique tortue, enfournée dans sa carapace écailleuse, qui se hisse sur sa branche enlisée dans la mare pour profiter elle aussi des premiers rayons du soleil printanier vaut bien l'acharnement de mon petit castor qui essaie de se construire une cabane dans mon lac. Je dois avouer cependant que je me serais passé du serpent qui tentait de traverser le sentier ou de celui qui s'exerçait à la reptation dans le bayou à côté de mon campement.

Quoi de plus reposant que de sortir à la lueur blême du matin (après le pipi de 5h30 évidemment) et de siroter son café à regarder les cardinaux rouge vif (les mâles car la femelle n'a pas besoin de couleur flamboyante pour épater (hihihi)) s'empiffrer de tes graines dans la mangeoire de fortune que tu leur a fabriquée avec une bouteille de plastique de jus de canneberges, de les voir se défendre contre ces gloutons de corvidés que sont les corbeaux, les corneilles et les autres du même acabit… ou de regarder le vol d'un héron gris perle ou de savourer l'immobilité de l'échassier au long cou grêle ou de sa mini consœur l'aigrette toute fière dans son plumage d'apparat d'un blanc immaculé.

Les couchers de soleil ou les pleines lunes sont aussi un spectacle toujours renouvelé, qu'on admire inlassablement. Quoi de mieux que d'admirer une lumière zodiacale de toute beauté et qui incite au recueillement, à la méditation, à l'introspection ou à l'amour. Et même s'il y a un épais manteau de nuages, dame nature arrive parfois à le déchirer à plusieurs endroits nous donnant l'occasion de voir filtrer quelques rayons blafards du soleil ou de la pleine lune. Telle une représentation théâtrale, ces astres parviennent à se frayer un chemin de lumière aux travers les arbres et à les faire danser sur le macadam ou à la surface de l'eau en un ballet kaléidoscopique qu'on ne se lasse pas de regarder. Et même si par malheur ou bonheur, les astres ne sont pas au rendez-vous, on peut se créer une projection lumineuse avec un bon feu de bois. Les flammes incandescentes sont tout aussi magiques à observer !!! Ça vaut bien les petits inconvénients techniques que je vous ai déblatéré l'autre jour, question de vous égayer un peu et, je vous l'avoue, de captiver votre attention.

Quant aux villes que je visite, je m'attarde à chercher la différence architecturale et à comprendre les gens en les regardant vivre dans leur environnement. Rien de mieux que d'aller faire son épicerie ou son lavage dans le laundromat ou washateria du coin pour s'y "tremper" dans tous les sens du terme. Parfois c'est heureux et parfois ça l'est moins mais dans tous les cas tu apprends quelque chose. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ? Dans ce cas là je suis encore jeune car j'ai réussi à me "former" quelques opinions (hihihi).

Évidemment la Louisiane offre quelque chose de très particulier quand on voit s'enligner les derniers vestiges de plantations coloniales et où on écoute les musiques mixées de source acadienne, cajun ou africaine et où le jazz est roi. Au moins un petit bout de terre typique que les gens du nord n'ont pas réussi à détruire complètement !!!

Le voyage c'est aussi tout ça et beaucoup plus… beaucoup beaucoup plus !!! Je n'ai qu'à penser à la caverne que j'ai visitée à New Braunfels, à la bonne bouteille de vin que l'on a acheté à la Winery Dry Comal Creek, aux missions visitées à San Antonio, à la longue marche dans Victoria à admirer l'architecture victorienne (naturellement), à la visite d'Elisa (grand bateau à voile datant du siècle dernier), à la visite d'un musée militaire (pas mon choix mais tout de même intéressant), à la cueillette de coquillages à Galvestone, au magasinage au Mexique et j'en passe… Il y a eu aussi des repas partagés en bonne compagnie, des bouts de conversation sur les terrains de camping où tu rencontres un mixage intéressant de tourisme et des gens rencontrés au hasard de mes randonnées. À Port Isabel, où l'on campait au bord du canal à même les bateaux de pêche, on a découvert (c'est l'expression qui convient le mieux je crois) un couple habitant le même coin de pays que le nôtre. Rencontrer des gens venant de la même province est déjà pas si mal, de les savoir originaires de Sherbrooke, Montréal ou Trois-Rivières est déjà un atout mais qu'ils soient de St-Damien de Brandon tient du "miracle" !!!

Dans la section DieVoyages, vous trouverez les photos et un récit ponctuel plus détaillé du voyage...

Pour terminer, je dois vous avouer qu'il faut un "bon couple" pour voyager. Une fois la fièvre du voyage "consommée", la promiscuité 24 heures sur 24, 7 jours par semaine dans un espace restreint, la négociation obligatoire aux choix d'activités (même si bien planifiées), la confiance nécessaire en son co-pilote ou en son chauffeur et l'acceptation des besoins de l'autre qui défait les plans initiaux ou qui contrecarre les désirs de boire, de manger ou d'évacuer de son conjoint(e) peut vitement tourner aux conflits quand la fatigue se fait sentir un peu trop. Par bonheur pour notre avenir, nous n'avons pas trop souffert de ces affres et nous revenons grandis de notre première expérience et on pourra récidiver éventuellement en modifiant certains aspects techniques ou personnels.

J'aimerais ajouter une impression bizarre qui se dégage de ce voyage. Je voyais le Texas comme un état riche et puissant. Il l'est peut-être pour une minorité vivant dans les villes ou pour ces riches ranchers (le prononcer à l'anglaise) ou pour ceux faisant de la politique… mais le peuple ordinaire c'est une toute autre affaire. Je m'attendrais à cette "misère" en Georgie ou à l'Alabama mais une chose m'a surprise, désagréablement surprise au Texas. En dehors des axes urbains ou ranchos où l'abondance économique semble régner et où j'imagine qu'il existe un certain pouvoir politique (je ne m'intéresse pas à ces aspects), le reste de l'état est dans un délabrement écologique lamentable et la pauvreté est édifiante !!!

On est tellement "minus" dans cet univers et la vie (si on peut appeler ça la vie) des gens ne comptent pas pour beaucoup. On le sait… mais le voir c'est autre chose. Disons que ça remet certaines valeurs à sa place. Nous sommes passés dans des bleds où des gens vivent dans des chiottes où je n'aurais même pas mis mon chien dedans si j'en avais un. Pourtant, assis sur une caisse de bois entouré d'immondices de toutes sortes, ils (en majorité des noirs ou des mexicains) ne semblaient pas malheureux. C'est certain que si tous ont la même vie dans ce bled, ils s'en accommodent (j'imagine) ne connaissant pas mieux. Mais j'ai pitié des gens "moyens", ceux qui vivent à côté de l'opulence et qui doivent ramasser la merde des autres pour subsister !!!

On a beau savoir tout ça… mais le voir c'est dérangeant, c'est le moins qu'on puisse dire… Maudit que ça remet les vraies choses à leur place. En tout cas, sans renier ce que je suis et surtout ce que j'ai (car j'ai travaillé pour), je vous jure que tu ne vois pas la vie pareille quand tu reviens en autant que tu sais regarder, évidemment.

C'est à se demander comment ça se fait qu'ils ne se révoltent pas ? Et ça m'amène à une autre réflexion… l'endoctrinement !!! Oui vous avez bien lu… endoctrinement. Quand tu vois de grosses affiches de 4 pieds par 8 sur la clôture d'une école primaire avec des slogans de "Proud to be american" (fière d'être américain) et des "God bless america" (que Dieu bénisse l'Amérique), quand tu sais qu'un enfant voit et lit ces "maximes" à partir de 5 ans, qu'il doit faire son service militaire à peine sortie de l'adolescence et que partout où il peut aller il voit le drapeau américain flotter comme l'étoile du nord qui t'indique le chemin ou qu'il lit sur les différents murs de bétons qui entourent les tanks et les avions militaires en exposition constante des réflexions et des citations où la guerre est l'apogée d'un peuple et qu'il peut se procurer un fusil comme d'autres se procurent une canne à pêche… pas surprenant de voir ce qui se passe présentement. Peut-être pas surprenant mais déprimant en maudit par exemple !!! Le pire dans ma réflexion… c'est que je me dis qu'il est malaisé de juger quand ta culture est à l'opposé de l'autre en la matière. Comme je n'aimerais pas qu'on vienne me dire ce que je dois penser et véhiculer comme valeurs à ma progéniture, je me dis qu'il m'est difficile de le faire à leur égard. Et pourtant… si seulement leurs "valeurs" restaient des "préceptes" sans pour autant mettre à exécution des actes répréhensibles envers les autres. Ma réflexion n'est pas achevée mais elle me dérange !!!

Voilà… à l'hiver prochain pour un autre voyage... peut-être. En attendant, je vous invite à poursuivre la lecture de ma chronique damiennoise...

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